Célébration des Droits des femmes: Madeleine Mbongo Mpasi porte un double regard!

Celui qui a dit que les femmes ne construisent pas un pays doit avoir tort. Déjà avec la vie qu’elle nous donne, c’est plus que construire. En République Démocratique du Congo, il y a des femmes qui construisent le pays. Par exemple à l’enseignement supérieur et universitaire, Mado Mbongo Mpasi, en plus d’être professeur des universités, elle a été nommée comme secrétaire général administratif à l’IFASIC. Elles sont nombreuses dans tous les domaines de la vie nationale qui occupent des postes de responsabilités, quoique leur pourcentage soit encore faible.

Mado Mbongo Mpasi nous accordé cette interview à l’occasion de la célébration de la journée internationale de femme. C’est en rapport avec le thème de ladite journée : « Construire et bâtir intelligemment ensemble (homme et femme) pour développer la Rdc » qu’elle nous a affirmé ce qui suit :

Jeu des questions – réponse
Les décideurs; Que vous inspire la journée internationale des droits des femmes célébrée le 8 mars de chaque année ?

Madeleine Mbongo Mpasi. En tant que femme, nous avons souvent un double regard à l’approche du 8 mars ou carrément du mois de mars consacré à la femme. C’est d’abord un souvenir de tous les efforts consentis jusque-là. Cela nous permet de considérer la distance déjà parcourue en vue d’envisager l’avenir et évaluer ce qui nous reste à faire. Ensuite notre deuxième regard est porté vers l’avenir. Cela consiste à estimer et à mobiliser l’énergie nécessaire à l’atteinte de l’équité ou de l’égalité proprement dite. Il nous faut dès lors, du courage puisque ça ne sert à rien d’abandonner après un si beau parcours.

Les décideurs; Qu’entendez-vous par droits des femmes, parité et genre ?

Madeleine M.M. La meilleure approche consiste à reconsidérer l’entendement de ces termes devenus génériques ou de simples slogans dénués de tout sens profond. Ils renvoient d’abord à l’expression de la reconnaissance universelle de la femme. Le droit met en avant toutes les prérogatives et la faculté de la femme d’agir en tant que sujet de droit tandis que la parité et le genre doivent être appréhendés en termes de résultats palpables et appliqués sur le terrain car ils n’ont de mesure que dans la vie pratique.

Les décideurs. Avant d’ouvrir le chapitre sur comment construire et bâtir intelligemment le pays ensemble avec la femme. comment analysez-vous le combat des ‘’revendications des droits des femmes’’ dans son évolution ultérieur jusqu’à nos jours ?

M.M.M. Les revendications des droits des femmes ont été couronnées d’un grand succès à travers le monde. La femme est maintenant considérée au même titre que l’autre partenaire de l’humanité à savoir, l’homme. Il faut voir le combat de la femme entre ‘’un avant’’ et ‘’un après’’. La première période part de la prise de conscience de la place de la femme dans la société, du début de son combat jusqu’à la vague de la légalisation dans différents pays. La période d’après part justement des réussites constitutionnelles et doit nous amener vers la mise en application effective des dispositions légales et règlementaires. C’est là que nous constatons encore beaucoup d’écueils et c’est là que nous devons concentrer nos efforts.

Les décideurs. Quel regard portez-vous sur les résultats des cinq dernières années de célébration de ladite journée ?

M.M.M. Parfois j’ai comme l’impression de stagner, de plonger dans l’inertie. Plus on savoure, on célèbre, plus on oublie les questions de fond. La dimension affective et festive a pris le dessus sur la dimension objective de ce combat qui consiste à la mise en oeuvre effective des résolutions prises. Et ça, c’est à mettre aussi à l’actif des gouvernants. La sous-représentation de la femme dans les institutions est tout simplement intolérable et incompréhensible. Elle varie entre 20 et 30% dans les grandes villes du pays mais elle est encore plus chaotique quand on considère tout l’appareil étatique.

Les décideurs. Selon vous, quel devrait être ou quel rôle doit jouer la femme dans la construction et le développement d’un pays ?

M.M.M. Mais comment voulez-vous voir la femme participer à la construction d’un Etat, à son développement dès lors qu’elle n’est pas associée dans les instances de décisions ? Le potentiel de la femme n’est pas à démontrer. Elle a un leadership qui convainc, elle sait conduire et prendre des mesures, elle peut diriger tout un Etat, une institution ou une entreprise et les exemples sont légion. Il ne faut pas que nos partenaires hommes soient réticents vis-à-vis de nous. Brièvement, je dirai que la seule possibilité de voir la femme bâtir avec les hommes c’est de lui donner l’opportunité de le faire en lui confiant des responsabilités. Et je parie que le monde ne sera pas déçu.

Les décideurs. Qu’est-ce qui peut expliquer les écarts qu’il y a dans le vécu quotidien des femmes, d’un côté, l’absence de politique de promotion des valeurs et droits des femmes et, de l’autre, l’application des dispositions légales et règlementaires ?

M.M.M. S’il y a l’absence de politique de promotion des valeurs et droits des femmes mais surtout la non-exécution des dispositions légales et réglementaires, c’est qu’il y a un problème au niveau de la perception de la femme par les gouvernants. C’est aussi un manque de volonté réel de leur part ! Voilà l’axe sur lequel doit porter l’action future des courants féministes après celui de la légalité. Il a un seul point focal : ‘’la mise en oeuvre concrète et effective de l’égalité des sexes déjà consacrés dans la constitution.

Propos recueillis par Julien Ntabaza

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